Mame Diarra Diop : « Pour moi, le voyage signifie l’acquisition de nouvelles connaissances à travers une nouvelle culture »

Derrière Sunu Thiossane, ce projet très prometteur, il y a Mame Diarra Diop. En effet, il s’agit de ce programme académique alliant la culture que Mame Diarra en concert avec Senegalese American Bilingual School organise chaque année. Le 2 septembre 2015, le spectacle « Tukki Takhoul Nga Tekki » s’etait déroulé au Grand Théâtre. Quelques jours après, nous lui avions tendu le micro. Actuellement à Dakar pour l’edition 2016, nous revenons sur notre entrevue avec Mame Diarra de 2015.

 

Mame Diarra Diop, vous êtes la fondatrice de Sunu. L’année dernière, vous aviez organisée le Hip Hopera, suite à un camp de vacances avec des jeunes sénégalais et africains qui sont liés à la culture américaine. Quel a été l’impact de Hip Hopera à votre humble avis ?

 

Grace au spectacle de l’année dernière, Sunu Thiossane a élargi son champ de partenariats. Cela nous a permis de pouvoir collaborer avec beaucoup d’organisations, d’autres programmes qui sont au Sénégal. Une chose que je peux dire, c’est que cette année a été fabuleuse en termes de thème développé. Nous parlons ce sujet : « Tukki Takhoul Nga Tekki ».

 

Pourquoi avoir choisi ce thème ?

 

Ceci est un thème très important, spécialement dans les pays étrangers ou les gens croient que quand tu voyages forcément, tu peux réussir. Cela est bien connu au Sénégal où les jeunes pensent tous à quitter le pays, espérant que tout est rose de l’autre coté de la rive. Et quand ils (ndlr : les jeunes Sénégalais) prennent cette décision de quitter le pays, ils sacrifient toute la structure traditionnelle familiale. La situation financière est le premier motif. Parce que les opportunités de travail sont très faibles ici au Sénégal. Mais imaginons que la personne quitte son pays et n’ait plus l’opportunité de rentrer ? Si tout le monde part, ou seront les têtes qui vont construire et faire développer le pays ? 
Ces questionnements m’ont poussé à choisir ce thème pour la troisième édition de Sunu Thiossane. Beaucoup de jeunes ont la fallacieuse impression que l’occident est plus rose qu’au Sénégal. Ainsi, ils choisissent en fermant les yeux d’aller aux Etats Unis, en Espagne, en France, au Portugal…, croyant que l’argent y coule à flot. Ces jeunes pensent qu’il n’y existe pas de problèmes dans ces pays. 
Les jeunes ne doivent pas faire focus sur l’aspect financier. Pour moi, le voyage signifie l’acquisition de nouvelles connaissances à travers une nouvelle culture. Vous allez à la découverte d’une nouvelle culture, mais revenez pour utiliser ses connaissances dans ton propre pays. A travers l’art, nous avons fait passer ce message qui nous tient à cœur : « the grass is not always greener on the other side ». Personnellement, je pense que l’éducation à travers l’art visuel est la meilleure des solutions pour distiller la connaissance.

 

Peut-on dire que ce sujet, vous parle personnellement ?

 

Personnellement, mon père a quitté son pays natal dans les années 70. A l’époque, il était très jeune. Il a vécu en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne et aux Etats Unis. J’ai eu la chance de le voir plus que mes autres sœurs. Il n’était presque jamais au Sénégal ; la plupart de son temps, il était toujours en occident. Il n’avait pas trop de relations avec ses enfants vivant au Sénégal. Ceci m’a beaucoup affecté car ayant vu mes frères et sœurs sans repères, entrer dans des histoires. C’est comme aux Etats Unis où les papas sont aux abonnés absents. Au Sénégal, les papas ont choisi d’être absents pour une meilleure situation financière. Mais malheureusement, cela change la dynamique d’une enfance. C’est toujours compliqué pour un enfant de grandir avec toutes ses facultés sans la présence d’un papa. L’enfant grandit avec des problèmes de confiance en soi.

 

S’agissant du programme académique, il y a-t-il eu plus d’affluence cette année ou l’année dernière ?

 

Par rapport à l’année dernière, cette année nous avions plus d’inscrits. L’année dernière, nous avions juste 35 inscrits. Cette année, nous avons obtenu 105 inscrits.

 

Quelles ont été les disciplines dans le programme académique de cette année ?

Les cours aussi étaient complètement différents de ceux de l’année passée. Le programme était plutôt spectacle qu’académique. 
Nous avons constaté qu’au Sénégal, les parents sont plus intéressés par l’académique. Quand on leurs parle de mathématiques, de sciences, littérature, les langues, chimie…les parents sont plus intéressés. Et Sunu Thiossane a choisi de faire passer l’éducation à travers l’art.

 

 

Comment voyez-vous Sunu Thiossane dans un futur proche ?

 

Le prochain thème que j’aimerais aborder avec mon équipe est : « le gap entre les riches et les pauvres au Sénégal ». Quand on part à Pikine, Guediawaye, Yeumbeul… ce que les voit n’est que pauvreté. Et juste à coté, il y a ces riches. Les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. 
Ces différents thèmes que nous développons, nous faisons en sorte que les jeunes participants de nos camps se l’approprient. Le jour du spectacle, ils vont le performer devant un public qui va facilement, du coup, s’approprier le thème. 
Je vois Sunu dans quelques années s’épandre à travers le monde. Je le vois intégrer différents établissements qui seront prêts à nous accueillir ; pas seulement les écoles qui ont les moyens financiers, mais les écoles qui ont besoin de Sunu Thiossane. Ici au Sénégal, nous avons une jeunesse tellement talentueuse ! J’aimerais aller dans les quartiers comme Yeumbeul, les régions comme Casamance et leurs octroyer des bourses pour le Summer Camp de Sunu Thiossane. Nous ne voulons pas nous arrêter qu’au Sénégal ; l’objectif est d’être présent partout en Afrique. Un espace et une instabilité où nous pourrions inviter des artistes provenant des quatre coins du monde.

 

Le Dr Massamba Gueye, ancien directeur du théâtre national Daniel Sorano vous a cité sur le Plateau de Yewoulen de la TFM. Qu’avez-vous sentie quand une personne comme Massamba Gueye vous cite et vous encourage ?

 

Je me suis sentie honorée, parce que Docteur Massamba Gueye est un visionnaire. Avec ses différentes conférences, ses parutions livresques, directeur artistique, je le vois comme un model. On partage la même vision, qui est d’utiliser l’art pour l’éducation. C’est notre troisième édition et le fait d’entendre ces mots venant du Dr Massamba Gueye est une validation de ce que nous faisons.

 

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